vendredi 20 janvier 2017

"L'amour du Christ nous presse" (Unité des chrétiens)


La semaine de prière pour l’unité des chrétiens, cette année, revêt un caractère spécial. Il y a 500 ans, le 31 octobre 2017, Luther publiait ces 95 thèses contre les indulgences. Si vous avez quelques souvenirs de vos cours d’histoire, c’est en général le minimum qui s’enseigne à propos de la Réforme.
Nous ne savons pas si Luther a placardé ces thèses sur les portes de l’église de Wittenberg. Rédigées en latin, et dans un vocabulaire technique, scolastique, pas sûr qu’elles aient été très accessibles ! Ce qui est attesté, c’est que ces thèses ont été envoyées à l’université en vue d’une dispute académique entre docteurs en théologie, dont Luther.
Certain aussi, Luther ne pensait nullement occasionner une séparation dans l’Eglise. Il voulait seulement dénoncer le système des indulgences qui lui paraissait, comme à d’autres, particulièrement scandaleux. Dater la naissance de la Réforme du 31 octobre 1517, veille de la Toussaint, est un acte rétrospectif. Une fois la rupture consommée, cette date a été retenue comme l’acte premier de la Réforme. L’excommunication, fulminée par Léon X, date du 3 janvier 1521. « L’intention de Martin Luther, il y a cinq cents ans, était de renouveler l’Église, et non de la diviser », a souligné François ce 19 janvier.
Dans nos paroisses, dans nos vies, nous ne percevons pas forcément l’actualité de la séparation, nous n’en éprouvons pas le drame ; cela demeure fort extérieur, à moins d’avoir dans sa propre famille, des chrétiens de diverses confessions. Pendant des siècles, nos Eglises ont cherché à avoir raison l’une contre l’autre et ont développé une théologie et une catéchèse de polémique. Il fallait bien que tous sachent, quitte à caricaturer les positions, ce qui les distinguait des autres, forcément les méchants, forcément hérétiques. Aujourd’hui encore, il n’est pas rare de rencontrer des relents anti-protestants ou anti-catholiques.
La prière de Jésus pour l’unité ne semble guère nous préoccuper, qui pourtant dénonce nos fautes : « Pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. Je ne prie pas pour eux seulement, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi, afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. » (Jn 17, 19-21) On pourrait multiplier les citations : « À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » (Jn 13,35)
L’épitre aux Corinthiens retenue cette année comme thème de la semaine de prière dit l’urgence de l’unité : « L’amour du Christ nous presse. » (2 Co 5, 14) Cinq cents ans plus tard, pouvons-nous continuer à nous ignorer voire à nous opposer alors que le monde est écarté du Christ par nos divisions ? Combien de temps serons-nous ainsi effrontément coupables de la non-foi des autres sous prétexte de défendre la vérité ? N’y a-t-il pas de vérité, d’authenticité dans la foi des Luthériens et Réformés ? N’y aurait-il que vérité dans notre manière de témoigner de l’évangile ? Combien de temps nous priverons nous de boire à la même coupe sous prétexte que nous ne disons pas exactement la même chose ?
L’unité ne se fera pas par un retour au bercail des brebis égarées. Il est désormais évident que si les Protestants sont des brebis égarées, ce n’est pas d’être séparés de l’Eglise romaine, mais, tout comme nous catholiques, d’errer loin de l’amour du Christ qui nous presse. L’unité se fera par la reconnaissance pleine et entière de la légitimité et de la valeur de la compréhension de l’évangile et de la vie chrétiennes des uns et des autres. Il y aura encore demain plusieurs églises, non comme une cacophonie, mais comme une symphonie où la richesse de la grâce divine trouve à s’exprimer dans des différences qui s’accordent. Que serait la musique avec une seule note, la peinture avec une seule couleur, la pensée avec une seule idée ? S’il y a quatre évangiles, est-ce pour que tous les chrétiens aient la même théologie ? Nous pouvons parler d’une seule voix bien que ce soit en de nombreuses langues !
Que Luther ait été un chrétien avec son péché et ses limites, il ne le savait que trop lui-même. La hantise du péché l’a habité jusqu’à ce qu’il redécouvre, pour qu’il redécouvre, la puissance de la justice de Dieu, ce Dieu qui nous rend justes par amour. Que Luther ait été et soit encore un authentique guide spirituel, à l’instar des plus grands saints de nos Eglises catholiques et orthodoxes, c’est une évidence, certes tard reconnue, mais reconnue officiellement par Benoît XVI.
Luther redécouvre que la foi est une affaire d’alliance et d’amour. C’est pour nous, pour toi, que le Christ a vécu. C’est pour vivre que nous croyons, que nous prions, non pour remplir je ne sais quelle obligation, non parce qu’il importerait de connaître des choses sur Dieu ou Jésus. Jésus se donne à nous. Qu’attendons-nous pour l’accueillir ? « Tout est à nous ; tout ce qu’a le Christ nous est donné gratuitement, à nous qui sommes indignes, par pure miséricorde […]. Tout ce qu’a fait le Christ, il l’a fait pour nous, il a voulu que ce fût nôtre. Il a dit : "je suis au milieu de vous comme celui qui sert". Et encore : « "Ceci est mon corps qui est livré pour vous". » (Sermon sur la double justice, Gallimard, p. 210)

vendredi 13 janvier 2017

"Je ne le connaissais pas" (2ème dimanche du temps)



« Moi, je ne le connaissais pas. » Par deux fois dans ce court extrait de l’évangile (Jn 1,29-34), le Baptiste déclare ne pas connaître Jésus. Au cinquième siècle déjà, Augustin s’étonnait de cette dénégation. Elle contredit la version lucanienne du cousinage entre Jésus et Jean et de leurs relations manifestement proches pour que Marie visite Elisabeth. La tradition picturale représente si souvent les deux enfants ensemble que l’évangile de Jean en est à peine audible.
Plus important, comment le Baptiste peut-il baptiser et reconnaître celui qu’il ne connaît pas ? Cette question mérite que l’on s’y arrête, parce qu’en ouvrant l’évangile, elle expose notre propre situation. Nous ne connaissons pas Jésus, nous ne l’avons jamais vu et pourtant, nous le reconnaissons comme celui qui baptise dans l’Esprit saint.
Connaître Jésus n’est manifestement pas une question de repérage, par ADN, carte d’identité voire pour le Baptiste d’appartenance familiale ou d’identité religieuse ou ethnique. Connaître Jésus c’est reconnaître sa mission. L’identité de Jésus n’est pas ce qui le caractériserait en lui-même, mais sa relation aux autres.
Qu’est-ce que connaître Jésus, pour nous ? N’est-ce pas précisément la reconnaissance de la présence de l’Esprit en lui, sur lui ? « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. » Ce qui fait reconnaître Jésus, c’est la présence de l’Esprit, je veux dire, ce qui donne la vie, ce qui fait vivre. L’Esprit est le principe de vie, ainsi que le dit notre profession de foi : « il est seigneur et donne la vie, Dominum et vivificantem ».
Ce qui fait reconnaître Jésus, c’est sa puissance de vie pour les autres. Il reçoit l’Esprit pour baptiser dans l’Esprit, ainsi que le dit notre texte. La reconnaissance de Jésus, pour nous autres disciples, est la reconnaissance de l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, justement parce que la puissance de vie qui repose sur lui est plus forte que la mort et le mal.
La puissance de libération de Jésus, sa puissance de vie qui redresse maladies, infirmités, possessions et morts, sa mission comme libérateur à l’instar du Dieu de la libération d’Egypte et du retour d’exil, sa mission de salut, voilà qui donne de le reconnaître.
Homme comme tous les autres, il n’est pas connu, nous ne le connaissons pas, nous ne l’avons jamais vu. Homme du premier siècle, enfoui sans l’anonymat des siècles, nous ne le connaissons pas. Mais nous le reconnaissons aujourd’hui, dans la vie de ce monde, comme celui sur qui repose la puissance de vie de l’Esprit.
Nous sommes disciples de Jésus comme Jean, parce que nous sommes les témoins, nous rendons témoignage, de la puissance de vie, ici et maintenant, de l’homme sur qui repose l’Esprit qui donne la vie. Notre mission, en ce monde, consiste précisément en cela, désigner celui sur qui repose l’Esprit qui donne la vie, désigner en ce monde, la puissance de vie, qui ne peut être que celle de l’Esprit. Et où est-il cet homme, si ce n’est où il y a libération ? Où le reconnaîtrons-nous, lui que nous ne connaissons pas, si ce n’est là où il y a vie ?
Notre profession de foi ne consiste pas en la promotion de valeurs ou l’adhésion à un credo, aussi pertinent soit-il. Elle est toute entière un repérage de la vie, de la vie libérée, sauvée, une désignation de la libération, du salut. Où la vie prend-elle ? Où l’Esprit trouve-t-il à donner vie ? Où la vie est-elle empêchée pour que nous dépêchions à y porter l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, pour que nous dépêchions par notre prière, nos cris pour dénoncer, et nos bras pour soigner, l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ?
Reconnaître Jésus, comme le Baptiste, paraîtra peut-être alors à certains comme une œuvre seulement humanitaire, bien loin d’une explicite confession de foi. Ne nous laissons pas abuser. Reconnaître la puissance de vie du Sauveur, c’est considérer chacun en ce monde comme frère. Mais si tous sont frères, c’est qu’il n’y a qu’un seul Père, et si tous sont fils de cet unique Père, c’est parce que celui sur qui repose l’Esprit-qui-donne-la-vie est le fils. Non pas le fils en soi, mais le fils pour nous, celui que nous confessons comme l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.
Reconnaître celui sur qui repose l’Esprit, la puissance de vie, c’est bien reconnaître le Fils de Dieu, comme le dit le Baptiste, mais cela n’est pas un savoir, une connaissance (je ne le connaissais pas), mais l’engagement, comme le Baptiste, à être témoin de sa puissance de vie, de libération, de salut.

vendredi 6 janvier 2017

Regarde, tous, ils se rassemblent (Epiphanie)



J’ai été étonné de lire qu’un exégète, historien sérieux du texte biblique, reconnaissait un fondement historique à l’épisode des mages. J’avoue ne pas bien comprendre comment la discrétion absolue de notre Dieu, qui naît comme la majorité des hommes, aujourd’hui encore, dans l’anonymat le plus complet, parce qu’il n’est pas fils de roi à la manière des hommes, parce qu’il n’est pas le prince héritier ou le rejeton d’une star, est compatible avec l’apparition d’une étoile ou l’alignement d’une constellation. Si Dieu entre dans le monde par la porte commune de l’anonymat, ce n’est pas en dérangeant le cours des astres !
Mais si vous tenez à ce que l’événement soit historique, prenez garde de ne pas en rester au fait. A quoi sert ce genre d’infos si elles ne nous aident pas à adorer à notre tour, à être croyants. Si être croyant, ce n’est pas savoir des trucs sur Jésus, mais suivre Jésus sur son chemin de vie qui passe par la croix, sur son chemin de croix qui ouvre à la vie, il convient que l’épisode des mages aussi nous indique comment aller jusqu’à Jésus.
Matthieu est le seul à le raconter. Il prend place au cœur de ce que l’on appelle évangile de l’enfance, les deux premiers chapitres. Ces chapitres sont moins connus que ceux de Luc, parce qu’ils ne racontent pas la naissance de Jésus, et que nous ne les lisons donc pas à Noël.
Oui, c’est curieux, Matthieu ne raconte pas la naissance de Jésus alors qu’il consacre deux chapitres à sa naissance ! Il y a d’abord une généalogie de trois fois quatorze générations, d’Abraham à Joseph. Ce dernier, dans un songe, est invité à accueillir sa promise et l’enfant qu’elle porte, dont il n’est pas le père. Annonce faite à Joseph, qui remplace, si l’on peut dire, celle que Luc réserve à Marie par la visite de Gabriel. Ni magnificat, ni cousinage avec Elisabeth, ni bergers ou anges, mais au tournant du chapitre, laconiquement, on apprend que Marie enfante et Joseph nomme, de façon inattendue, ce fils Jésus (et non Emmanuel comme indiqué dans le songe).
Suit immédiatement l’épisode des mages. Alors que Joseph avait été le fil rouge des lignes précédentes, il disparaît ici : les mages ne voient que l’enfant et sa mère. Il réapparaît dès la sortie des mages, encore avec des songes, pour fuir en Egypte et échapper au massacre des innocents, revenir en Terre Sainte, puis préférer bifurquer vers la Galilée.
C’est curieux, mais Matthieu ne raconte pas la naissance de Jésus. Il raconte l’enracinement de Jésus dans le peuple d’Abraham, dans la lignée de David, dans le peuple de l’exode et de l’exil. Pour en finir avec cette vie de réfugiés, « Dieu sauve », Jésus, est annoncé. Mais c’est encore le malheur qui frappe la terre et Rachel ne cesse de pleurer ses enfants qui ne sont plus, victimes de la faim, de l’exil, de la guerre et des violences, des trafics et des abus sexuels, comme vient de le rappeler le Pape.
La seule lumière, si l’on peut dire, la seule étoile, dans ces deux chapitres, c’est celle qui met les mages en route. Ils se réjouissent à sa lumière lorsqu’ils la voient se poser à l’endroit où était l’enfant. Alors que l’enracinement juif fait l’ouverture de l’évangile et que la violence se déchaîne, des hommes de l’Orient, des hommes du matin, des hommes du soleil levant, ouvrent la promesse de vie et de paix à l’univers entiers. « Toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile. »
Peu d’entre nous, sans doute, ont du sang juif dans les veines, peu sont de la même race que Jésus. Et pourtant, la libération de toutes les Egypte d’hier et d’aujourd’hui, la Pâque qui fait traverser la mer où le péché est englouti, ne cessent de se renouveler pour nous tous, puisque Jésus, « Dieu sauve » est manifesté à la terre entière, aux païens que nous sommes, depuis que trois hommes venus d’Orient ont ouvert la route qui mène à lui.
Dès les premières lignes, l’évangile de Matthieu annonce que le salut promis à Israël n’a de sens qu’à valoir pour toutes les nations, ainsi que les prophètes l’avaient déjà perçu. La paix est pour tous ou pour personne. Qu’un seul soit en guerre et la terre entière est dévastée. Que la paix germe, que l’on soit sauvé de la mort, et Jésus, « Dieu sauve » ; toute l’humanité est fraternité radieuse ; son cœur frémit et se dilate.
« Voici que les ténèbres couvrent la terre, et la nuée obscure couvre les peuples. Mais…
Mais  sur toi se lève le Seigneur, sur toi sa gloire apparaît. Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. Lève les yeux alentour, et regarde : tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur la hanche. Alors tu verras, tu seras radieuse, ton cœur frémira et se dilatera. »

vendredi 23 décembre 2016

Un Noël dans la nuit ?


Alep vient de tomber. Le régime Syrien préfère se battre contre l’opposition qu’expulser l’Etat Islamique. Cynisme d’un homme qui a détruit une des plus anciennes villes du monde avec le secours de la Russie, qui prétend se montrer plus chrétienne que jamais.
Berlin vient d’être frappée à son tour par les attentats. Plus de cinq mille migrants noyés cette année dans la Méditerranée, un record, triste record.
Le Congo, la Gambie, et tant d’autres pays sombrent dans la dictature ou s’y maintiennent. On me reprochera de ne pas en sortir de la noirceur alors que c’est jour de fête. On me dira que l’on a besoin d’autre chose que de la lecture des journaux.
Mais que signifie fêter Noël en cette nuit des violences ? Que signifie fêter Noël à Alep, Mossoul, Berlin, en Méditerranée et à Kinshasa ? Pourrions-nous nous consoler tranquillement, quand nos frères humains crèvent, la nuit de Noël ?
La première lecture de la messe de la nuit semble être exactement pour nous. « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. »
Encore faudrait-il voir cette grande lumière. Force est de reconnaître que si elle existe, elle n’a rien d’éblouissant. Bien sûr, nous pourrions être spirituellement schizophrènes, nous réjouir romantiquement de la crèche, faire la fête entre amis, et laisser à lundi, le moment de repenser aux victimes de la violence.
Mais ne serait-ce pas contraire à ce que nous sommes censés célébrer aujourd’hui, un Dieu qui se fait homme, une humanité divinisée, bref, l’impossibilité de séparer ce que Dieu a uni, la chair et sa divinité. C’est dans ce monde qu’il est né. On disait que c’était pour racheter du péché originel. Disons au moins que s’il ne vient pas là où l’on désespère d’être homme, cela n’a aucun sens. Si, nous venons sacrifier au peu de religion qui reste en nous ou dans notre société, dépêchons-nous ! Bientôt il n’y en aura plus. Et heureusement, car la religion est chose terrible, mais l’évangile n’est pas religion.
L’homme de Nazareth ne s’est guère préoccupé des prêtres et des sacrifices, du temple et des règles de pureté. On a même l’impression qu’il prenait un malin plaisir à guérir le sabbat, le jour sacré du repos. L’homme de Nazareth a parlé avec tous, Juifs, pharisiens, scribes, zélotes, samaritains, docteurs de la loi, publicains, collabos, prostituées, femmes, enfants, veuves, pécheurs, païens, envahisseurs comme ce centurion romain qui demande la guérison de son serviteur, peut-être son concubin…
L’homme de Nazareth s’est attablé avec tous. Il est plus souvent à table, d’après l’évangile, qu’à la synagogue ou au temple ! Il y a urgence pour lui à manifester l’universalité de la fraternité, parce qu’elle est le sacrement de l’amour infini de son Père, de notre Père.
L’homme de Nazareth s’est attablé jusqu’à se donner lui-même en nourriture, prenez, mangez, prenez, buvez. Si nous le mangeons, si nous buvons son sang, n’est-ce pas parce qu’il veut être nous ? N’est-ce pas parce qu’il veut être notre nourriture, ce qui nous fait vivre ? Nous le disions tout juste. Impossible de séparer ce que Dieu a uni, chair et divinité.
Qu’en ressort-il ? Une grande lumière ? Oui et non. Non, c’est toujours la nuit et la violence. Oui, mais cette lumière, même grande, ne se voit pas forcément. La voyons-nous ? Sans doute, si nous sommes ici, du moins si nous ne venons pas faire de la religion, mais écouter la parole et la mettre en pratique.
Depuis cette fameuse nuit la plus longue de l’année, celle où l’on fait symboliquement mémoire de la naissance de Jésus, la lumière brille, parce que rien de l’humanité n’est étranger à Dieu. Le mal, il s’y livre pour le renverser, depuis le massacre des innocents que nous fêterons dans trois jours (la liturgie elle non plus ne nous berce pas d’illusions) jusqu’à son agonie en croix. L’humanité, il l’épouse, pour la rendre à la beauté de sa propre divinité. Cela ne fait pas de bruit, cela n’éblouit pas. C’est aussi inoffensif qu’un enfant nouveau-né.
Qui croira que la force est dans la faiblesse ? Qui croira que la victoire est dans la faiblesse ? Jésus, Dieu, n’est pas superman ou magicien. Il aime, à la folie. « Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort. » Voilà pourquoi nous sommes ici. Voilà ce que nous sommes engagés à annoncer, plus encore en acte qu’en parole. Voilà la bonne nouvelle, déconcertante, de Noël.
« Les bottes qui frappaient le sol, et les manteaux couverts de sang, les voilà tous brûlés : le feu les a dévorés. Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! »

mercredi 14 décembre 2016

Célébration pénitentielle Avent 2016


Chant : Quand s’éveilleront nos cœurs

Prière : Seigneur, tu le vois, ton peuple se rassemble pour que tu le renouvelles dans ta sainteté. Donne à ceux qui viennent recevoir ton pardon la joie de ton Esprit de sainteté, par Jésus le Christ, notre Seigneur.

Lecture du prophète Michée
« Comment dois-je me présenter devant le Seigneur ? Comment m’incliner devant le Très-Haut ? Dois-je me présenter avec de jeunes taureaux pour les offrir en holocaustes ? Prendra-t-il plaisir à recevoir des milliers de béliers, à voir des flots d’huile répandus sur l’autel ? Donnerai-je mon fils aîné pour prix de ma révolte, le fruit de mes entrailles pour mon propre péché ?
On t’a fait connaître, homme, ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi : rien d’autre que de respecter la justice, aimer la miséricorde, et marcher humblement avec ton Dieu. »

Psaume
Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! Éternel est son amour !
Ils le diront, les rachetés du Seigneur, qu'il racheta de la main de l'oppresseur,
qu'il rassembla de tous les pays, du nord et du midi, du levant et du couchant.

Certains erraient dans le désert sur des chemins perdus, sans trouver de ville où s'établir :
ils souffraient la faim et la soif, ils sentaient leur âme défaillir.
Dans leur angoisse, ils ont crié vers le Seigneur, et lui les a tirés de la détresse :
il les conduit sur le bon chemin, les mène vers une ville où s'établir.
Qu'ils rendent grâce au Seigneur de son amour, de ses merveilles pour les hommes :
car il étanche leur soif, il comble de biens les affamés !

Certains gisaient dans les ténèbres mortelles, captifs de la misère et des fers :
ils avaient bravé les ordres de Dieu et méprisé les desseins du Très-Haut ;
soumis par lui à des travaux accablants, ils succombaient, et nul ne les aidait.
Dans leur angoisse, ils ont crié vers le Seigneur, et lui les a tirés de la détresse :
il les délivre des ténèbres mortelles, il fait tomber leurs chaînes.
Qu'ils rendent grâce au Seigneur de son amour, de ses merveilles pour les hommes :
car il brise les portes de bronze, il casse les barres de fer !

Certains, égarés par leur péché, ployaient sous le poids de leurs fautes :
ils avaient toute nourriture en dégoût, ils touchaient aux portes de la mort.
Dans leur angoisse, ils ont crié vers le Seigneur, et lui les a tirés de la détresse :
il envoie sa parole, il les guérit, il arrache leur vie à la fosse.
Qu'ils rendent grâce au Seigneur de son amour, de ses merveilles pour les hommes ;
qu’ils offrent des sacrifices d’action de grâce à pleine voix qu'ils proclament ses œuvres !


Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
Après le départ des mages, voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr. »  Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte, où il resta jusqu’à la mort d’Hérode, pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : D’Égypte, j’ai appelé mon fils.
Alors Hérode, voyant que les mages s’étaient moqués de lui, entra dans une violente fureur. Il envoya tuer tous les enfants jusqu’à l’âge de deux ans à Bethléem et dans toute la région, d’après la date qu’il s’était fait préciser par les mages. Alors fut accomplie la parole prononcée par le prophète Jérémie : Un cri s’élève dans Rama, pleurs et longue plainte : c’est Rachel qui pleure ses enfants et ne veut pas être consolée, car ils ne sont plus.

Homélie
Nous voilà au cœur du temps de l’Avent. Encore dix jours avant de célébrer la naissance de Jésus. Depuis une vingtaine de jours, la liturgie nous fait appeler les temps nouveau, la venue définitive du Seigneur, lorsqu’il essuiera les larmes de nos yeux, lorsque nous le verrons face-à-face, tel qu’il est, lorsque cela en sera fini du mal et de la violence.
Nous voilà encore avec notre mal, notre péché. Oh sans doute, nous avons été aussi de fidèles disciples du Seigneur, avec notre manière d’accueillir sa sainteté, à sa manière d’accueillir les autres avec sa sainteté hospitalière. Mais le mal nous envahit. Nous sommes impuissants. Le massacre des innocents n’est pas qu’une fiction évangélique. Il est cri de toutes les victimes depuis le sang d'Abel le juste, il est prophétie de notre temps. Comment ne pas reconnaître, trait pour trait, les habitants d’Alep ou de Mossoul dans les versets de Matthieu ? Joseph part avec sa famille, avec un tout petit ; il fuit son pays, réfugié au pays d’Egypte, immigré qui implore l’accueil.
Ce n’est pas nous ce mal, et pourtant, c’est aussi notre péché, notre incapacité à construire un monde humain, fraternel. Notre indifférence, parce qu’il vaut mieux détourner le regard. Dans notre angoisse, nous crions vers le Seigneur. Et lui nous tire de la détresse.
Nous voilà avec notre péché, notre mal, celui de la vie de tous les jours. Comme nous peinons à supporter tel ou tel, à partager ne serait-ce qu’un peu, à nous réjouir avec les autres plutôt qu’à nous réserver le plaisir, à approfondir notre foi, peut-être effrayés par l’aventure spirituelle… Dans notre angoisse, nous crions vers le Seigneur. Et lui nous tire de la détresse.
N’allons pas nous mortifier, faire des sacrifices. Ce serait rater la rencontre du Seigneur. Pour lutter contre le mal, il n’y a rien à sacrifier, si ce n’est notre propension au mal, si ce n’est ce qui nous recourbe sur nous mêmes et nous ferme aux autres. Pour lutter contre le mal, Michée rédige l’ordonnance : On t’a fait savoir homme ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi, rien d’autre que respecter la justice, aimer la miséricorde et marcher humblement avec ton Dieu.

Litanies pénitentielles

Notre Père

Bénédiction